Ludmila Dmitrievna – Le sol, cordon nourricier de la Russie

Du siège de Saint-Pétersbourg à la Sibérie

1943, alors que le siège de Saint-Pétersburg bat son plein, la petite Ludmila est évacuée avec sa famille vers un village de Sibérie méridionale. Elle se rappelle de son arrivée dans ce village sibérien comme étant son premier contact avec le sol. Après des mois de privation et un long voyage, c’est une fillette aussi pâle qu’amaigrie qui descend du train. Aussitôt la cousine qui l’accueille lui demande pourquoi elle est si maigre. Quand elle lui répond qu’elle n’a pas vu de pain depuis plusieurs mois, la petite fille tend le bras vers une charrette chargée d’un mil doré comme ses cheveux : « Dorénavant ceci sera ton pain ».

Le ton de notre entretien est donné, pour Ludmila Dmitrievna, retraitée et guide au Musée Dokoutchaïev du Sol de Saint-Pétersburg, le sol c’est le pain.

Ludmila pose devant les sols qui l'ont nourrie durant le siège de St Petersbourg

Ludmila pose devant les sols qui l’ont nourrie durant le siège de Saint-Pétersbourg

Du prix du pain à la valeur du sol

C’est d’ailleurs en étudiant le prix du pain pour l’Institut de Statistique du Département d’Agriculture de la Faculté d’Economie de Saint-Pétersburg, qu’elle découvre les travaux de Vassili Dokoutchaïev, considéré comme le père de la pédologie. Mais ils ne sont à ce moment qu’une goutte d’eau dans la vaste bibliographie qu’elle constitue pour la rédaction de sa thèse. Ses recherches, portant sur l’évolution du prix du pain avant et après la révolution russe, se révèlent impubliables sous le régime soviétique. En effet, ses résultats laissent penser que les paysans se seraient révoltés, non pas l’esprit embrasé par l’idéal révolutionnaire, mais poussé par la faim.

Son élan académique coupé, Ludmila s’occupe à déménager une bibliothèque lorsque elle tombe sur une offre d’emploi pour un poste de laborantine au Musée Dokoutchaïev. Le système universitaire soviétique imposant un tronc commun de deux ans à tous les étudiants, cette jeune économiste n’a aucune difficulté à passer à la chimie. Elle peut ainsi rejoindre un milieu qui l’avait toujours attiré : les musées. C’est donc sous le regard de marbre de la statue de Dokoutchaïev qu’elle fera carrière, d’abords comme laborantine, puis comme ingénieure chargée d’analyses. Ce poste dépourvu d’implication politique lui fera voir le musée comme un véritable espace de liberté. C’est aussi la possibilité de se rapprocher de ce « pain » qui lui avait sauvé la vie quelques années plus tôt. En effet, pour elle, le sol – « peau de la Terre » – est avant tout un rempart contre la faim, comme nous le comprendrons au fil de notre rencontre. A ses yeux tous les sols ont un potentiel agricole à condition de savoir les valoriser, car, dit-elle, «  il n’y a pas de mauvais sols, que des mauvais travailleurs ». A ses yeux, la protection des sols est une évidence, mais c’est avant tout pour leur potentiel agricole qu’elle s’inquiète. Bien entendu, elle a aussi conscience des dangers réels que l’agriculture peut faire peser sur les sols, comme dans le sud de la Russie, où le détournement de rivières à des fins d’irrigation mène à la salinisation des sols. Et pendant qu’elle nous parle des forces et des faiblesses de différentes types de sol, elle nous fait clairement comprendre que le sol se limite aux quelques centimètres de terre indispensables à l’agriculture.

Vassili Dokoutchaïev trônant au centre de la collection de sols du musée qui porte son nom.

Vassili Dokoutchaïev trônant au centre de la collection de sols du musée qui porte son nom.

Cette vision du sol nous laisse perplexe. En effet, cette chercheuse retraitée qui continue à lire la littérature scientifique et à suivre des conférences a passé la moitié de sa vie à travailler dans le musée où nous nous trouvons. Or, la collection du musée tend à montrer le sol dans toutes ses dimensions… dont la profondeur. Nous sommes donc entourés de colonnes de sol qui sont, pour la plupart, longues de plus d’un mètre, et pourtant, pour Ludmila Dmitrievna, le sol se limite à quelques centimètres. Lorsque nous le lui faisons remarquer sa réponse est simple : « Dokoutchaïev était géologue ».

Sauver les sols grâce au folklore ?

Mais si sa vision du sol est centrée sur l’agriculture, elle doit également aux sols le plaisir de ses promenades en forêt, durant lesquelles elle aime s’arrêter pour peindre. Elle souligne aussi la place centrale du sol dans le folklore russe, folklore avant tout rural. Le succès des « babouchkas » au concours de l’Eurovision 2012 est, pour notre guide, une source d’optimisme, car si les jeunes s’intéressent à nouveau au folklore, cela ne pourra être que positif pour les sols.

Et cette lueur d’espoir est la bienvenue, car si Ludmila se doit d’être optimiste pour ses petit enfants, les raisons de se faire du souci ne manquent pas. Depuis la fin de l’Union soviétique, les campagnes se vident et les citadins abandonnent les jardins de leur datcha : plus besoin de cultiver son lopin de terre depuis que les rayons des magasins sont pleins. Les agronomes cédant le pas aux géologues (pas les mêmes que Dokoutchaïev, comprenons nous), la Russie, dont les racines sont pourtant profondément ancrées dans le sol, devient un pays de mines à ciel ouvert. « Peu importe le potentiel agricole d’une région, s’il y de l’argent à faire, on creuse sans se poser de question » s’emporte cette passionnée du sol. Pour elle, la solution passe par une vision globale qui permettrait à chacun de prendre conscience des conséquence de ses choix. Pour y arriver il faudrait  que « tout le monde, ouvrier ou médecin, ait une formation en écologie ».

Présentation des différents sols de Russie au Musée du Sol de St Petersbourg.

Présentation des différents sols de Russie au Musée du Sol de St Petersbourg.

Cette scientifique rappelle aussi qu’en Russie le devoir de protection des sols est peut être plus important qu’ailleurs. Non seulement car, en sauvant ses sols, la Russie sauvera son folklore, mais aussi car ce pays est immense : ce qui s’y passe ne peut donc qu’influencer le reste du monde directement, physiquement, mais aussi indirectement. En prenant à cœur la protection de ses sols, la Russie pourrait devenir un exemple pour le reste du monde, espère-t-elle.

Et si les raisons d’espérer sont ténues, elles existent : le musée a de nouveaux sponsors et peut ainsi organiser sa première expédition lointaine depuis… 1951. Et cette grand-mère entend aussi la génération de ses petits-enfants parler de retour à la terre. Elle espère donc que, dans cette grande Russie où l’Eglise orthodoxe a repris une place incontournable, le calendrier des saints puisse redevenir ce qu’il avait toujours été : un calendrier agricole.

Visiter le musée :

http://www.saint-petersburg.com/museums/museum-of-soil-science/

музей-почвоведения.рф

De nombreuses régions du monde sont trop arides pour y cultiver sans irrigation certaines plantes très appréciées, comme le maïs, le coton ou des légumes. Plutôt que de cultiver des plantes adaptées à la sécheresse, l’Homme a développé des systèmes d’irrigation performants… parfois trop performants. Les ingénieurs ont détourné des rivières, asséchés des lacs, mis en place des systèmes de pompage couplés à des kilomètres d’aqueducs pour arroser des champs assoiffés. A court terme, les avantages sont évidents : l’on peut faire pousser ce que l’on veut sans peur de voir sécher sa production. En effet, l’eau douce contient des sels minéraux dissouts. Dans des régions chaudes et sèches, l’eau apportée en excès, en s’évaporant, laisse derrière elle sous forme de sels, les minéraux qu’elle contenait. Ces sols, devenus petit à petit trop salés suite à un arrosage inadéquat, deviennent peu à peu incultivables. A terme, la salinisation pourrait menacer 10 pour cent de la récolte céréalière mondiale, selon les chiffre de la FAO en 2002. http://fr.wikipedia.org/wiki/Salinisation http://www.fao.org/worldfoodsummit/french/newsroom/focus/focus1.htm

La salinisation des sols
De nombreuses régions du monde sont trop arides pour y cultiver sans irrigation certaines plantes très appréciées, comme le maïs, le coton ou des légumes. Plutôt que de cultiver des plantes adaptées à la sécheresse, l’Homme a développé des systèmes d’irrigation performants… parfois trop performants. Les ingénieurs ont détourné des rivières, asséchés des lacs, mis en place des systèmes de pompage couplés à des kilomètres d’aqueducs pour arroser des champs assoiffés. A court terme, les avantages sont évidents : l’on peut faire pousser ce que l’on veut sans peur de voir sécher sa production. En effet, l’eau douce contient des sels minéraux dissouts. Dans des régions chaudes et sèches, l’eau apportée en excès, en s’évaporant, laisse derrière elle sous forme de sels, les minéraux qu’elle contenait. Ces sols, devenus petit à petit trop salés suite à un arrosage inadéquat, deviennent peu à peu incultivables. A terme, la salinisation pourrait menacer 10 pour cent de la récolte céréalière mondiale, selon les chiffre de la FAO en 2002.
Pour plus d’informations : ici et .

Ruta Grauduža et Steffen Müller – Du soviétisme au capitalisme : des sols entre deux mondes

Bienvenue à la ferme Šiļi

Les yeux verts, cheveux bruns, bottes en caoutchouc aux pieds, Ruta traverse d’un pas vif la cour de la ferme, deux seaux de lait aux mains. Evitant les flaques de boues à grandes enjambées, des brins de pailles emmêlés dans ses cheveux bouclés, armé lui aussi de seaux de lait, Steffen lui emboîte le pas. Devant la grange, agglutinées à la barrière, une vingtaine de petites têtes blanches les suivent du regard en bêlant d’impatience. C’est l’heure d’aller nourrir les chevreaux. Les oies, agressives, poursuivent les deux fermiers en battant des ailes. Le soleil se lève et baigne le verger de ses rayons. De son côté, la grand-mère, chignon tiré et bras musclés, a déjà commencé la traite des chèvres. La journée commence et se poursuivra à un rythme effréné, entre les deux traites des cinquante chèvres, la préparation du fromage et les travaux de construction et de rénovation des bâtiments de la ferme.

L'amour est dans le pré

Enfin prêts à partir pour le marché bio de Riga, Ruta et Steffen trouvent le temps de poser pour une photo.

Pas de répit pour ce jeune couple, mettre en place un élevage de chèvre et une fromagerie n’est pas de tout repos en Lettonie. Les chèvres sont certes un atout : peu de gens en élèvent et le fromage de chèvre n’est pas encore répandu dans les pays Baltes. Les deux jeunes fermiers sont donc parmi les premiers à en produire et qui plus est en bio. Ils ont tout un marché qui s’offre à eux et une clientèle à séduire à Riga. Mais les chèvres n’ont pas bonne réputation dans les campagnes lettonnes. Et pour cause : pendant l’ère soviétique, lorsque les terres étaient utilisées en kolkhozes, les fermiers n’avaient pas le droit de posséder des vaches ou du bétail. Seule la vache de Staline, la chèvre, était autorisée à la propriétés individuelle. Il reste de cette époque difficile, un manque d’estime pour cet animal et ses produits, que Ruta et Steffen devront surmonter pour faire accepter leur activité dans leur région.

Ruta, enfant du kolkhoze

Ruta est née à la campagne, à Rucava, durant l’occupation de la Lettonie par l’URSS et en a vécu la chute. Durant l’époque soviétique son père travaillait dans une scierie et sa mère était lavandière. Tous deux, à l’instar de nombreuses familles de la région, ont récupéré leurs terres à la fin de l’occupation et sont revenus à l’agriculture. L’histoire de cette famille, tout comme l’histoire agricole de ce petit pays, a été très marquée par cet épisode soviétique, et pas uniquement en ce qui concerne les préjugés sur les chèvres, souligne Ruta. A l’époque soviétique, toutes les terres étaient cultivées en commun, sous forme de kolkhozes, les décisions sur les espèces à cultiver venaient de Moscou et surtout, l’ensemble de la production était envoyée à la capitale pour y être redistribué. Les populations rurales ont beaucoup souffert de cette politique centralisée, tuant dans l’œuf tout esprit d’initiative (la menace du goulag planait). Et si Le rationnement était drastique, les paysans avaient néanmoins le droit de cultiver un lopin de terre sur lequel ils pouvaient cultiver à leur guise de quoi nourrir leur famille…à condition de faire attention à ne pas avoir l’air trop riche.

Avec la chute de l’Union soviétique, le pays et les paysans reprennent donc avec joie leur indépendance et se réapproprient leurs terres. Mais la situation est loin d’être facile : les campagnes sont pauvres et le pays doit se reconstruire.

Ferme traditionnelle lettone

C’est au milieu des pommiers en fleurs que nous avons eu la chance de découvrir cette ferme traditionnelle lettone

Steffen, idéaliste Est-Allemand

Steffen, enfant de la RDA, a vécu le socialisme Est-Allemand et la chute du Mur. Il garde en tête l’idéal soviétique de justice sociale et nourrit un intérêt pour les pays de l’ex-URSS. Pourtant, même pour lui, la chute de l’URSS a eu des impacts positifs. D’une part, lors de la redistribution des terres par l’état, les populations rurales ont rapidement eu accès à de nouvelles terres arables. Les nombreux équipements agricoles ont été redistribués entre les agriculteurs et ainsi chaque ferme, même pauvre, a eu accès à un tracteur. D’autre part, la chute de l’URSS a permis de réduire la pression sur les sols en Lettonie. Les surfaces cultivées sont plus petites qu’à l’époque des kolkhozes et, les agriculteurs n’ayant pas beaucoup de moyen d’investissement, l’usage des pesticides et engrais est resté limité. De nombreuses fermes ont été abandonnées et la Lettonie a ainsi regagné de nombreux espaces sauvages.

Un avenir d’amour et de fromage frais

Pour Steffen, la campagne lettone semble, pour le moment, un havre de nature et de liberté. C’est au cours d’un voyage à travers Europe de l’Est, que ce géologue Est-Allemand est arrivé à Rucava par le biais du Couchsurfing. Sa rencontre avec Ruta et son projet de vie l’ont convaincu à devenir fermier. Pas de coup de foudre, mais un amour construit sur une vision commune de l’avenir. Leur moteur, c’est l’idée de pouvoir produire, en grande partie grâce au sol, tout ce qui leur est nécessaire, des légumes aux bâtiments, du fourrage au savon. C’est aussi une liberté d’entreprendre beaucoup plus facile qu’en Allemagne, où tout est réglementé, qui a motivé Steffen à investir ses économies dans le projet de sa compagne. Au moment de leur rencontre, Ruta revient d’un séjour en Allemagne dans une ferme de réseau WWOOF, où elle a appris à produire du fromage de chèvre avec l’idée de créer sa propre fromagerie. Et si le sourire et les idéaux de la belle fromagère ont conquis le cœur de notre géologue, c’est la force de ce projet qui a décidé Steffen à investir dans une petite ferme lettone. Depuis une année qu’il vit à la ferme, il a déjà bâti de ses mains la nouvelle fromagerie, construite sur le modèle des fermes traditionnelles avec un toit de chaume, pour sa chère Ruta qui y façonne ses délicieuses féta de chèvre.

La nouvelle fromagerie

Pas de tôle, ni de tuile, mais un toit de chaume pour cette nouvelle fromagerie.

De l’URSS vers l’UE

Très indépendants, Ruta et Steffen voient d’un regard mitigé l’entrée de la Lettonie dans l’Union Européenne. D’un côté, les agriculteurs vont avoir la possibilité de toucher des nouveaux subsides qui leur permettront d’investir sur leur ferme. D’un autre côté, ces investissements ne risquent-ils pas de se faire au détriment de l’environnement, favorisant des grands propriétaires terriens et une agriculture plus intensive moins soucieuse de la protection des sols ? Ou ne risque-t-on pas un retour à une centralisation aboutissant à des choix agricoles basés sur une rationalisation du territoire au détriment, peut-être, d’une diversité agricole ou de variétés traditionnelles, à l’instar du système soviétique ? Dans leur esprit plane aussi le spectre de sols tellement appauvris par l’industrie agricole, qu’il serait impossible d’y cultiver quoique ce soit sans un apport extérieur en engrais et pesticides.

Conscients des changements à venir, Ruta et Steffen sont prêts à relever les défis qui s’offrent à eux. Leur but est de pouvoir vivre des produits de leur ferme sans dépendre de subventions. Leur engagement sur la ferme tient beaucoup de l’engagement citoyen. En réalisant leur passion d’agriculteur, ils espèrent changer quelque peu les mentalités, en réhabilitant la chèvre et en promouvant l’agriculture biologique en Lettonie.

Des changements pas que politiques

Les systèmes socio-économiques se succèdent et ont un fort impact sur l’utilisation du sol. Que ce soit en modifiant les régimes de propriété foncière ou en influençant le type d’agriculture qui y est mené, la qualité des sols et les végétaux qui y poussent s’en trouvent modifiés. Ruta, qui a repris officiellement la ferme familiale il y a deux ans, mais qui en gérait les papiers depuis le passage à l’agriculture biologique il en a dix, a pu observer de nombreux changements sur ses terres et dans la région. Elle observe une plus grande diversité dans ses prairies, plus riche en fleurs sauvages, en orchidées. Ce qu’un pédologue verrait comme un retour à une prairie « maigre », elle l’analyse au contraire comme un enrichissement du sol, plus riche en biodiversité. A une échelle plus régionale, avec le retour à la nature de nombreuses terres, elle observe la présence de plus d’animaux sauvages, telles que grues, cigognes, hérons ou loups. Pour elle et Steffen, ce sont les signes d’un environnement sain, dans lequel il veulent bâtir leur avenir.

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Si vous souhaitez découvrir la ferme de Ruta et Steffen, que ce soit juste pour les rencontrer ou y passer des vacances vertes, vous pouvez les contacter via le site de Couchsurfing ou envoyer un message en anglais, allemand, letton ou norvégien à l’adresse mail ci-dessous :

https://www.couchsurfing.org/people/rutatia/
http://www.celotajs.lv/en/e/bs_sili
rutatia@inbox.lv

Jurga Kučinskienė – Des sols aux paysages

L’architecture du paysage – modeler les paysages pour l’utilisation humaine

Tous les jours, à la ville comme à la campagne, nous avons sous les yeux l’un des avatars les plus universels du sol : le paysage. Et à l’instar de tout ce qui l’entoure, l’Homme s’est toujours efforcé de modeler celui-ci à sa convenance, que ce soit pour des raisons esthétiques, économiques, politiques ou les trois à la fois.

Jurga Kučinskienė, architecte du paysage

Entre un cours et une entrevue avec des étudiants, Jurga nous accorde une interview

Comment changer le paysage et selon quels critères ? Telle est la spécialité de Jurga Kučinskienė, responsable du département de gestion du territoire du Collège d’état de Klaipeda (Klaipėdos Valstybinės Kolegija). C’est après des études en tourisme, section divertissement, qu’elle est arrivée à ce poste, au cœur d’un département d’enseignement et de recherche pluridisciplinaire par excellence : l’architecture du paysage. Ce domaine exige à la fois une compréhension des composants physiques du paysage (sol, végétation), mais aussi des contraintes économiques et sociales liées à un mandat, tout en ayant bien sûr un sens de l’esthétique, un esprit créatif et de nombreuses connaissances techniques (de l’horticulture au bétonnage).

Mais au-delà de la richesse de cette profession, ce qui a attiré Jurga dans la création de nouveaux paysages, c’est surtout la combinaison omniprésente des aspects théoriques et pratiques. En effet, lors d’un projet, il est fréquent de passer en un court laps de temps des premières esquisses et réflexions au démarrage du chantier qui va concrétiser le travail réalisé au bureau. Il est ainsi très gratifiant de pouvoir observer le résultat de son travail sans avoir à attendre la fin de sa carrière.

Le sol à la base des paysages

La thèse qu’elle est en train de finir n’a pas de lien direct avec le sol ; elle traite de l’utilisation du paysage dans les loisirs. Mais l’enseignement dont elle est responsable donne passablement d’importance au sol. Car « rien ne sert de faire de jolis plans si l’on est incapable de les concrétiser. Et le sol reste un élément clef du paysage, du plus naturel au plus artificiel ! ». Ainsi ses étudiants reçoivent une formation de base en pédologie avant de pouvoir passer aux autres aspects de la création paysagère comme l’horticulture, le design et la planification.

Les prémisses de la réalisation d'un nouveau paysages

Avant de passer à la réalisation sur le terrain, tout nouveau projet de paysage passe par une étude détaillée.

Cette entrée en matière est indispensable, car par la suite le sol restera pour chaque architecte du paysage, un outil indispensable et une contrainte dont il ne pourra jamais faire abstraction. Celui-ci étant la base même des paysages, il est bien souvent impossible de modifier l’un sans toucher l’autre. Et si cette professeure conseille toujours à ses étudiants de choisir des plantes adaptées au sol existant, cela n’est pas toujours possible. Lorsqu’il s’agit de créer une ambiance « naturelle » tout va bien, mais il en va autrement dès qu’un client exige « des jolies fleurs et un beau gazon ». Dans ce cas de figure le sol en place doit souvent être modifié par l’ajout d’argile, de matière organique ou de chaux par exemple, voir même remplacé par un mélange de sable, d’argile et de tourbe.

Si elle estime que l’emploi de ces techniques est raisonnable pour certains projets, surtout urbains, elle considère toutefois qu’il n’existe pas de mauvais sols, que des mauvais choix. «Il n’existe pas de mauvais sols, mais que des personnes difficiles qui veulent voir sur leurs terres des plantes qui ne peuvent pas y pousser. » Et si la mode du bio et de l’harmonie avec la nature permet une certaine amélioration de la situation, les demandes de la plupart des clients restent catégoriques et éloignées de tout souci de convergence avec le sol en place. Soucieuse de minimiser les impacts sur l’environnement, elle espère que les gens finiront par comprendre qu’« il n’est pas toujours nécessaire de tout changer et qu’il faut être capable de se contenter de ce dont on a besoin. »

Des sols et des paysages à regarder et à protéger

Selon son expérience, les sols et les paysages méritent protection face aux atteintes à l’environnement. Toutefois, pour elle, cette protection passe également par leur utilisation et non en les préservant de toute activité humaine. En effet la diversité des sols et des paysages qui leur sont liés est fortement dépendante de l’usage que l’Homme en fait. Et si l’on abandonnait les sols à leur sort, leur diversité, ainsi que les paysages et la biodiversité qui y sont attachés, seraient également menacés.

Forêt de pin sur l'Isthme de Courlande

Liées aux sols sableux de l’Isthme de Courlande, ces forêts de pins stabilisent les dunes et limitent l’érosion éolienne.

Pour protéger les paysages, il faut les utiliser, en profiter et surtout réapprendre à les regarder. C’est l’un des plus important enseignement dans les cours d’architecture du paysage : regarder le paysage autour de soi. Souvent l’on est trop occupé à autre chose pour le voir, on ne remarque plus quels arbres poussent autour de nous. Voir le paysage, c’est un premier pas vers sa protection.

Il est difficile d’attirer l’attention du grand public sur les sols : on n’y trouve ni ours blanc ni  tigres, ni baleines. Pour y parvenir les paysages lui semblent le meilleur vecteur. « En protégeant les paysages, on protège aussi les sols qui y sont liés et tout le monde y est sensible, en effet qui n’a pas de souvenir magique lié à un splendide paysage ? »

L’isthme de Courlande, Lituanie, exemple de l’impact de l’Homme sur les paysages.
Séparant la Lituanie de la Baltique, cette péninsule de dunes est soumise à l’influence des vents et marées depuis 5000 ans. Les divers peuplements qui s’y sont succédés n’ont eu qu’un faible impact sur son environnement jusqu’au 16è s. Pour répondre à la forte demande en bois de l’industrie prussienne, la majorité des forêts furent alors abattues, ce qui entraina une déstabilisation des sols. Les dunes ainsi libérées engloutirent de nombreux villages. Ce n’est qu’au 19è s., alors qu’il ne restait plus que quelques zones boisées, que l’Etat prussien finança d’importants travaux pour enrayer la dégradation de l’isthme (rive de sable, stabilisation des dunes par des broussailles et reboisement). À la fin du siècle, la moitié de l’isthme avait été reconvertie en bois et actuellement la forêt couvre 71% de sa surface. Aujourd’hui encore ce paysage ne doit sa préservation qu’aux efforts de ses habitants pour combattre l’avancée des dunes.
Source : Unesco http://whc.unesco.org/fr/list/994

Réponse au portrait d’Isabelle de Red

Suite à la publication de notre article « Isabelle de Red – le sol de la liberté », un lecteur de notre blog, membre de l’Association Française pour l’Etude des Sols1, a souhaité apporter quelques précisions sur la notion d’agriculture intensive. On qualifie généralement d’intensive, les monocultures  industrielles basées sur l’utilisation massive de pesticides et d’engrais de synthèse. C’est à ce type d’agriculture qu’Isabelle de Red faisait référence au long de notre interview. Pourtant l’on oublie souvent que de nombreux autres systèmes agricoles, souvent anciens, sont eux aussi intensifs. Philippe Eveillard nous rappelle que l’intensification ne conduit pas nécessairement à une dégradation des sols, mais au contraire peut conduire à une augmentation de leur fertilité.

Voici son message :

 « Je lis sur votre site qui nous permet de suivre votre tour du monde plutôt sympathique :

 « Les sols nourrissent nos sociétés, il est donc essentiel de les protéger. […] Pour elle, l’agriculture intensive ne peut mener sur le long terme qu’à des sols stériles et morts. »

 Je partage avec tous les membres de ce forum la première conviction mais je crois que la deuxième phrase mérite plus d’analyse et ne représente pas la réalité.

Ce n’est pas l’industrie qui a inventé l’agriculture intensive. On peut qualifier d’intensifs déjà les nombreux systèmes paysans dans le monde où se succèdent souvent plusieurs cultures par an avec des productions élevées grâce à l’irrigation notamment. Ces systèmes existent depuis plusieurs milliers d’années (Vallée du Nil, Sud de la Chine, Japon, certaines régions en Europe…). Quand on a apporté les aménagements qu’il fallait (terrasses, irrigation, drainage), on a pu produire davantage et nourrir une population plus importante. Plus on cultive le sol, plus on est susceptible d’améliorer sa fertilité contrairement à une idée reçue qui est qu’on va inéluctablement l’épuiser.

Labour des champs et capture d'oiseaux en Egypte ancienne

Labour des champs et capture d’oiseaux en Egypte ancienne
Scène agricole de la chambre funéraire d’Itet, IVème dynastie (2575 – 2465 avant J. C.)

Des productions plus importantes, c’est aussi plus de racines, de résidus qu’on incorpore au sol. Cet apport est indispensable à son activité biologique. L’entretien de la fertilité de ces systèmes dépend du recyclage le plus efficace possible des déjections animales et humaines et souvent du transfert de fertilité réalisé depuis des surfaces de parcours vers les surfaces cultivées par le biais des animaux et du fumier collecté sur des centaines d’années.

Les sols ne sont pas morts, c’est Dominique Arrouays qui l’a annoncé à la journée de présentation du 1er état des sols français en novembre dernier (INfOsol, INRA)2. J’invite à relire cette synthèse remarquable sur tous les aspects de la qualité des sols.

Je ne suis pas pour l’intensification sur n’importe quels sols. Nous avons besoin des forêts, des prairies, des zones humides et d’autres espaces de biodiversité. C’est pourquoi il nous faut cultiver le plus raisonnablement possible les espaces cultivées dont nous disposons sur la planète. Produire plus et mieux, c’est possible sur des sols fertiles et un climat favorable comme le nôtre en Europe tempérée, les agriculteurs nous le prouvent et continuent d’améliorer leurs pratiques (moindre usage d’engrais utilisés plus efficacement, moins de travail du sol et meilleure utilisation des cultures intermédiaires (engrais vert)….)

Bonne chance pour votre voyage. »

Philippe EVEILLARD
Responsable Agriculture et environnement
UNIFA, Union des Industries de la Fertilisation

1 http://www.afes.fr/

2 cf. Gis Sol. 2011. L’état des sols de France. Groupement d’intérêt scientifique sur les sols, 188 p.
Plus d’information sur l’état des sols en France, rapports et synthèse à télécharger sur le site du Groupement d’Intérêt Scientifique Sol : http://www.gissol.fr/RESF/

Isabelle de Red – le sol de la liberté

Le printemps s’installe en Mazurie. La rosée scintille dans la lumière du matin, les prairies fleurissent. Le concert des oiseaux nous réveille chaque matin dans le champ où nous avons installé notre tente près du Rancho Romantica. Perché sur un poteau électrique, un couple de cigognes trône au centre de la ferme : il surveille la basse-cour et les chevaux qui se promènent en liberté sur les terres d’Isabelle de Red.

la ferme d'Isabelle en masurie

C’est en Mazurie, région de nord de la Pologne que se trouve le Rancho Romantica

D’origine citadine, Isabelle réalise une première formation commerciale et travaille quelques années comme clerc de notaire. Mais le travail de bureau étouffe son énergie et la vie citadine lui fait regretter le temps des vacances de son enfance dans la ferme de son grand-père. Alors, il y a dix ans, elle décide de changer de vie. Elle quitte son travail, vend son appartement et part en Mazurie : une région reculée du Nord Est de Pologne. Elle s’installe dans cette petite ferme qu’elle tente de retaper de ses mains et apprend en autodidacte les métiers d’éleveuse et de fermière.

La liberté, l’espace, le vent, le gel ; elle aime vivre à l’extérieur, face aux éléments, en accord avec sa nature. Le contact physique avec le sol, marcher pieds nus dans l’herbe, avoir les mains dans la terre, voilà ce qu’elle apprécie vraiment et ce qui l’a poussé à choisir cette vie rurale. « Je suis perpétuellement en contact avec le sol ! » dit-elle en nous montrant la terre restée sous ses ongles.

A son arrivée à la ferme, nous confie-t-elle, son premier geste a été de se rouler dans l’herbe, sur le sol, toute à sa joie de posséder pour la première fois son propre lopin de terre. Pour cette amoureuse de la nature, c’est donc en devenant propriétaire de ses terres, en s’enracinant en un lieu que son besoin de liberté et d’espace a trouvé réponse. Mais c’est bien le contact physique avec le sol, les mains et les pieds dans la terre, qui la font se sentir libre.

Mais pour elle le sol n’est pas que source de liberté, c’est aussi un sol utile qui permet de faire pousser légumes et fourrage, qui fournit l’argile et le sable pour enduire les murs de sa ferme. C’est également un sol connu,  celui sur lequel l’agriculteur a prise et qu’il peut modifier par son travail.

Pour la propriétaire du Rancho Romantica, le sol est un élément que l’Homme connaît bien et sait utiliser. En effet, on sait quelles plantes sont adaptées à quels sols, on sait où trouver différents champignons et les paysans égyptiens ont su utiliser les limons fertiles des crues du Nil pour développer une agriculture florissante. Mais la tentation de la surexploitation est grande, ce qu’elle constate avec inquiétude en observant ses voisins travailler. Elle souligne aussi que la civilisation maya aurait disparu pour ne pas avoir fait attention à sa terre.

paysage de masurie

un petit aperçu des terres d’Isabelle

Soucieuse de préserver la nature, base de nos ressources et de sa liberté, elle exploite son domaine sans pesticide, ni engrais synthétique, ce qui lui a permis de faire disparaître les orties géantes que lui avait léguées l’exploitant précédant. Sur ses 11 hectares de terrain vallonné où coule une petite rivière, elle a à sa disposition une large palette de sols : argileux, sableux, plus ou moins acides. Ceci lui permet de cultiver ses légumes sur des parcelles adaptées à leurs besoins. Malgré cette diversité, la taille réduite de son exploitation l’oblige aussi à adapter certains sols à l’usage qu’elle veut en faire. Ainsi, pour transformer un champ argileux et humide en verger, elle a choisi de creuser pour chaque arbre, une large fosse emplie d’un mélange de terre, de sable et de tourbe.

petit ruissau polonais

le sol qui tapisse le fond de ce petit ruisseau et idéal pour se reposer les pieds après une journée de travail.

Et si le travail du sol n’est pas de tout repos, Isabelle ne semble pas regretter son choix car cette nouvelle vie lui permet de toucher à de nombreux domaines où le sol est toujours présent : de l’élevage à la maçonnerie, du maraîchage à la bureaucratie européenne. Et lorsqu’il s’agit de se détendre, elle enlève ses bottes en caoutchouc et part marcher pieds nus dans ses champs ou dans la petite rivière qui parcourt son domaine.

Les sols nourrissent nos sociétés, il est donc essentiel de les protéger. Pour Isabelle, cette protection ne peut passer que par un changement dans les modes d’agriculture. Elle voit comme un passage obligé la transition vers une agriculture biologique sans pesticide, ni fertilisants de synthèse, avec une bonne gestion de l’eau et un travail du sol respectueux. Pour elle, l’agriculture intensive ne peut mener sur le long terme qu’à des sols stériles et morts.

Et tuer les sols, ne serait-ce pas se priver de sa liberté ?

Lukas Wick, un sol entre art et science

C’est dans un recoin un peu éloigné des laboratoires du bâtiment 4.1 du Helmholtz Zentrum vor Umweltforschung UFZ* de Leipzig (D) que nous avons rendez-vous avec le responsable du groupe Biodisponibilité. Nous rencontrons Lukas Wick dans les escaliers, où un étudiant l’a alpagué pour discuter avec lui de son projet de recherche. Une fois son devoir accompli, Lukas nous guide jusqu’à son bureau, où il répondra à nos questions.

Nous rencontrons un citadin assoiffé de connaissances. A la fin du gymnase, animé par la volonté de comprendre le fonctionnement du monde, il se lance dans des études de chimie ; mais au sortir de ses études, il réalise qu’il ne trouvera pas la réponse à ses questions dans cette science. Il se tourne alors vers les sciences environnementales et applique ses connaissances à l’étude du sort de certains composés chimiques dans un lac. Il découvre alors l’importance d’un facteur auquel ses études de chimie ne l’avaient pas préparé : les microbes. Bien qu’encore loin des sols, cette première expérience l’entraîne vers un deuxième post-doc, toujours en science environnementale, mais cette fois en microbiologie du sol.

Lukas Wick

Toujours souriant, cela a été un plaisir d’interviewer Lukas Wick.

C’est en tant que chimiste, en passe de devenir microbiologiste, qu’il intègre une équipe d’agronomes et de pédologues. Ceux-ci, dont la formation et l’expérience ont été centrées sur le sol, ont une vision bien différente de cet objet d’étude. Ils regardent le sol dans son entier et le considèrent souvent comme une boîte noire : l’important est ce qui y rentre et ce qui en sort.

présentation en qques mots de la biodisponibilité

La biodisponibilité
Une substance chimique est dite biodisponible lorsqu’elle est librement accessible à une cellule, ou à un organisme.
Dans le sol, de nombreux éléments nutritifs sont présents en quantité, mais sont inaccessibles aux organismes qui les emploient. Par exemple le phosphore (indispensable pour le production d’ADN) est surtout présent sous forme de roche insoluble. Certains polluants sont aussi inaccessibles grâce à leur capacité à se lier à différents éléments du sol (polysaccharides, argiles, minéraux, lignine, etc.). La quantité biodisponible d’une substance, utile ou à éliminer, est donc la portion à laquelle les organismes vivants un ont accès direct, par opposition à la quantité totale

Lukas, de son côté, à cette période de sa carrière, n’est que peu intéressé par le sol en tant que tel. Si la notion de complexité lui est déjà familière, de son point de vu de chimiste, « le sol c’était surtout de l’eau avec une forte concentration de particules », nous dit-il sous forme de boutade. Ce qui le passionne alors, ce sont les réactions de biotransformation qui se déroulent au sein du sol. Sous cet angle là, le sol est donc vu avant tout comme un facteur influençant, d’une part, la disponibilité des différents réactifs chimiques et, d’autre part, les microorganismes les employant.

Si aujourd’hui il reste fidèle à la façon de travailler des chimistes, allant du plus simple au plus complexe, le contact avec des pédologues expérimentés combiné à une visite au Palais de Rumine à Lausanne (CH)** auront eu une influence déterminante sur sa vision du sol. Lors de cette visite au musée, il découvre une exposition temporaire qui présente le travail d’Herman de Vries, un artiste hollandais qui travaille avec de la terre comme matériau***. Cet artiste profite de la diversité des sols en terme de couleur pour créer ses œuvres. La découverte de ces installations lui font réaliser que le sol est bien plus que la somme de ses ingrédients. Cette prise de conscience est renforcée par les contacts quotidiens avec ses collègues, explorateurs confirmés du sol.

A partir de ce moment, le sol va s’imposer à lui comme un objet riche et complexe, qui lie en un seul objet d’étude l’agronomie, la physique, la biologie, l’écologie et la philosophie. Cet objet qui soutient nos pas tout en étant plus complexe que la jungle, se transforme ainsi en une mère pour la vie sous toutes ses formes. Et à l’instar de toutes les mères, sa beauté mérite d’être le centre d’attention non seulement des chercheurs mais aussi des artistes.

Cette prise de conscience le pousse à continuer sa carrière dans le monde des sciences du sol, où il travaille sur les notions de transformation et de biodisponibilité des produits chimiques, et tout particulièrement celles des polluants. Il s’agit de comprendre comment les microbes (bactéries et champignons) interagissent avec les polluants que l’activité humaine a légués au sol. Ses recherches ont pour objectif de rendre le travail des microbes le plus facile possible, en leur favorisant l’accès à tous les éléments dont ils ont besoin (eau, oxygène, « vitamines », substances à détruire…) pour nettoyer les sols.

En partant d’une hypothèse, il essaye de remonter le fil ténu qui devrait le conduire vers la complexité réelle du sol. Son travail consiste ainsi non seulement a être au courant des dernières découvertes scientifiques concernant le sol, mais aussi et surtout à imaginer tout ce qui peut ce passer dans un sol. Et si, au jour le jour, il n’a l’occasion de manipuler réellement le sol que lors de ses loisirs, il passe un majeur partie de son temps à tourner et retourner dans son esprit un sol conceptuel qu’il tente de faire résonner avec le sol du paysan, de l’artiste, du philosophe et du chimiste.

échantillons de sol congelé

Entre l’hypothèse et la complexité réelle du sol : quelques grammes de sol congelé dans un tube.

Il lie cette volonté de mieux comprendre le sol à la nécessité de protéger les sols, car la sauvegarde des sols comme la récupération des sols endommagés ne pourra se faire sans une excellente compréhension du fonctionnement et de la complexité de ceux-ci. Et si la vision du sol en tant qu’écosystème à part entière a du mal à percer auprès du grand public, il a pu noter une nette évolution de la perception du sol par les scientifiques qui donnent une place toujours plus importante à la partie vivante du sol. Cette volonté d’appréhender le sol dans toute sa complexité, et non comme une matrice physico-chimique pour l’agriculture, sera-elle le premier pas vers une meilleure protection des sols ? C’est à espérer car comme le rappelle Lukas : « Si les sols seront très probablement capables de survivre à l’humanité, l’inverse est, sans aucun doute, impossible ».

                                                        

*Helmholtz Centre de recherche environnementale – UFZ

**Bâtiment historique lausannois abritant entre autres la bibliothèque cantonale, l’espace Arlaud, et le musée de géologie

***Pour découvrir le travail d’Herman de Vries sur la terre : http://www.hermandevries.org/work_from-earth.php

Quelque photos pour patienter

Pas toujours facile de tenir un blog en voyage…
Comme on a un peu de retard pour l’article de juin (qui est quasi près) et qu’on part marcher quelques jours au Baikal, on vous poste un lien vers quelques photos de notre aventure pour vous faire patienter.

c’est ici.