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Isabelle de Red – le sol de la liberté

Le printemps s’installe en Mazurie. La rosée scintille dans la lumière du matin, les prairies fleurissent. Le concert des oiseaux nous réveille chaque matin dans le champ où nous avons installé notre tente près du Rancho Romantica. Perché sur un poteau électrique, un couple de cigognes trône au centre de la ferme : il surveille la basse-cour et les chevaux qui se promènent en liberté sur les terres d’Isabelle de Red.

la ferme d'Isabelle en masurie

C’est en Mazurie, région de nord de la Pologne que se trouve le Rancho Romantica

D’origine citadine, Isabelle réalise une première formation commerciale et travaille quelques années comme clerc de notaire. Mais le travail de bureau étouffe son énergie et la vie citadine lui fait regretter le temps des vacances de son enfance dans la ferme de son grand-père. Alors, il y a dix ans, elle décide de changer de vie. Elle quitte son travail, vend son appartement et part en Mazurie : une région reculée du Nord Est de Pologne. Elle s’installe dans cette petite ferme qu’elle tente de retaper de ses mains et apprend en autodidacte les métiers d’éleveuse et de fermière.

La liberté, l’espace, le vent, le gel ; elle aime vivre à l’extérieur, face aux éléments, en accord avec sa nature. Le contact physique avec le sol, marcher pieds nus dans l’herbe, avoir les mains dans la terre, voilà ce qu’elle apprécie vraiment et ce qui l’a poussé à choisir cette vie rurale. « Je suis perpétuellement en contact avec le sol ! » dit-elle en nous montrant la terre restée sous ses ongles.

A son arrivée à la ferme, nous confie-t-elle, son premier geste a été de se rouler dans l’herbe, sur le sol, toute à sa joie de posséder pour la première fois son propre lopin de terre. Pour cette amoureuse de la nature, c’est donc en devenant propriétaire de ses terres, en s’enracinant en un lieu que son besoin de liberté et d’espace a trouvé réponse. Mais c’est bien le contact physique avec le sol, les mains et les pieds dans la terre, qui la font se sentir libre.

Mais pour elle le sol n’est pas que source de liberté, c’est aussi un sol utile qui permet de faire pousser légumes et fourrage, qui fournit l’argile et le sable pour enduire les murs de sa ferme. C’est également un sol connu,  celui sur lequel l’agriculteur a prise et qu’il peut modifier par son travail.

Pour la propriétaire du Rancho Romantica, le sol est un élément que l’Homme connaît bien et sait utiliser. En effet, on sait quelles plantes sont adaptées à quels sols, on sait où trouver différents champignons et les paysans égyptiens ont su utiliser les limons fertiles des crues du Nil pour développer une agriculture florissante. Mais la tentation de la surexploitation est grande, ce qu’elle constate avec inquiétude en observant ses voisins travailler. Elle souligne aussi que la civilisation maya aurait disparu pour ne pas avoir fait attention à sa terre.

paysage de masurie

un petit aperçu des terres d’Isabelle

Soucieuse de préserver la nature, base de nos ressources et de sa liberté, elle exploite son domaine sans pesticide, ni engrais synthétique, ce qui lui a permis de faire disparaître les orties géantes que lui avait léguées l’exploitant précédant. Sur ses 11 hectares de terrain vallonné où coule une petite rivière, elle a à sa disposition une large palette de sols : argileux, sableux, plus ou moins acides. Ceci lui permet de cultiver ses légumes sur des parcelles adaptées à leurs besoins. Malgré cette diversité, la taille réduite de son exploitation l’oblige aussi à adapter certains sols à l’usage qu’elle veut en faire. Ainsi, pour transformer un champ argileux et humide en verger, elle a choisi de creuser pour chaque arbre, une large fosse emplie d’un mélange de terre, de sable et de tourbe.

petit ruissau polonais

le sol qui tapisse le fond de ce petit ruisseau et idéal pour se reposer les pieds après une journée de travail.

Et si le travail du sol n’est pas de tout repos, Isabelle ne semble pas regretter son choix car cette nouvelle vie lui permet de toucher à de nombreux domaines où le sol est toujours présent : de l’élevage à la maçonnerie, du maraîchage à la bureaucratie européenne. Et lorsqu’il s’agit de se détendre, elle enlève ses bottes en caoutchouc et part marcher pieds nus dans ses champs ou dans la petite rivière qui parcourt son domaine.

Les sols nourrissent nos sociétés, il est donc essentiel de les protéger. Pour Isabelle, cette protection ne peut passer que par un changement dans les modes d’agriculture. Elle voit comme un passage obligé la transition vers une agriculture biologique sans pesticide, ni fertilisants de synthèse, avec une bonne gestion de l’eau et un travail du sol respectueux. Pour elle, l’agriculture intensive ne peut mener sur le long terme qu’à des sols stériles et morts.

Et tuer les sols, ne serait-ce pas se priver de sa liberté ?

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