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Ludmila Dmitrievna – Le sol, cordon nourricier de la Russie

Du siège de Saint-Pétersbourg à la Sibérie

1943, alors que le siège de Saint-Pétersburg bat son plein, la petite Ludmila est évacuée avec sa famille vers un village de Sibérie méridionale. Elle se rappelle de son arrivée dans ce village sibérien comme étant son premier contact avec le sol. Après des mois de privation et un long voyage, c’est une fillette aussi pâle qu’amaigrie qui descend du train. Aussitôt la cousine qui l’accueille lui demande pourquoi elle est si maigre. Quand elle lui répond qu’elle n’a pas vu de pain depuis plusieurs mois, la petite fille tend le bras vers une charrette chargée d’un mil doré comme ses cheveux : « Dorénavant ceci sera ton pain ».

Le ton de notre entretien est donné, pour Ludmila Dmitrievna, retraitée et guide au Musée Dokoutchaïev du Sol de Saint-Pétersburg, le sol c’est le pain.

Ludmila pose devant les sols qui l'ont nourrie durant le siège de St Petersbourg

Ludmila pose devant les sols qui l’ont nourrie durant le siège de Saint-Pétersbourg

Du prix du pain à la valeur du sol

C’est d’ailleurs en étudiant le prix du pain pour l’Institut de Statistique du Département d’Agriculture de la Faculté d’Economie de Saint-Pétersburg, qu’elle découvre les travaux de Vassili Dokoutchaïev, considéré comme le père de la pédologie. Mais ils ne sont à ce moment qu’une goutte d’eau dans la vaste bibliographie qu’elle constitue pour la rédaction de sa thèse. Ses recherches, portant sur l’évolution du prix du pain avant et après la révolution russe, se révèlent impubliables sous le régime soviétique. En effet, ses résultats laissent penser que les paysans se seraient révoltés, non pas l’esprit embrasé par l’idéal révolutionnaire, mais poussé par la faim.

Son élan académique coupé, Ludmila s’occupe à déménager une bibliothèque lorsque elle tombe sur une offre d’emploi pour un poste de laborantine au Musée Dokoutchaïev. Le système universitaire soviétique imposant un tronc commun de deux ans à tous les étudiants, cette jeune économiste n’a aucune difficulté à passer à la chimie. Elle peut ainsi rejoindre un milieu qui l’avait toujours attiré : les musées. C’est donc sous le regard de marbre de la statue de Dokoutchaïev qu’elle fera carrière, d’abords comme laborantine, puis comme ingénieure chargée d’analyses. Ce poste dépourvu d’implication politique lui fera voir le musée comme un véritable espace de liberté. C’est aussi la possibilité de se rapprocher de ce « pain » qui lui avait sauvé la vie quelques années plus tôt. En effet, pour elle, le sol – « peau de la Terre » – est avant tout un rempart contre la faim, comme nous le comprendrons au fil de notre rencontre. A ses yeux tous les sols ont un potentiel agricole à condition de savoir les valoriser, car, dit-elle, «  il n’y a pas de mauvais sols, que des mauvais travailleurs ». A ses yeux, la protection des sols est une évidence, mais c’est avant tout pour leur potentiel agricole qu’elle s’inquiète. Bien entendu, elle a aussi conscience des dangers réels que l’agriculture peut faire peser sur les sols, comme dans le sud de la Russie, où le détournement de rivières à des fins d’irrigation mène à la salinisation des sols. Et pendant qu’elle nous parle des forces et des faiblesses de différentes types de sol, elle nous fait clairement comprendre que le sol se limite aux quelques centimètres de terre indispensables à l’agriculture.

Vassili Dokoutchaïev trônant au centre de la collection de sols du musée qui porte son nom.

Vassili Dokoutchaïev trônant au centre de la collection de sols du musée qui porte son nom.

Cette vision du sol nous laisse perplexe. En effet, cette chercheuse retraitée qui continue à lire la littérature scientifique et à suivre des conférences a passé la moitié de sa vie à travailler dans le musée où nous nous trouvons. Or, la collection du musée tend à montrer le sol dans toutes ses dimensions… dont la profondeur. Nous sommes donc entourés de colonnes de sol qui sont, pour la plupart, longues de plus d’un mètre, et pourtant, pour Ludmila Dmitrievna, le sol se limite à quelques centimètres. Lorsque nous le lui faisons remarquer sa réponse est simple : « Dokoutchaïev était géologue ».

Sauver les sols grâce au folklore ?

Mais si sa vision du sol est centrée sur l’agriculture, elle doit également aux sols le plaisir de ses promenades en forêt, durant lesquelles elle aime s’arrêter pour peindre. Elle souligne aussi la place centrale du sol dans le folklore russe, folklore avant tout rural. Le succès des « babouchkas » au concours de l’Eurovision 2012 est, pour notre guide, une source d’optimisme, car si les jeunes s’intéressent à nouveau au folklore, cela ne pourra être que positif pour les sols.

Et cette lueur d’espoir est la bienvenue, car si Ludmila se doit d’être optimiste pour ses petit enfants, les raisons de se faire du souci ne manquent pas. Depuis la fin de l’Union soviétique, les campagnes se vident et les citadins abandonnent les jardins de leur datcha : plus besoin de cultiver son lopin de terre depuis que les rayons des magasins sont pleins. Les agronomes cédant le pas aux géologues (pas les mêmes que Dokoutchaïev, comprenons nous), la Russie, dont les racines sont pourtant profondément ancrées dans le sol, devient un pays de mines à ciel ouvert. « Peu importe le potentiel agricole d’une région, s’il y de l’argent à faire, on creuse sans se poser de question » s’emporte cette passionnée du sol. Pour elle, la solution passe par une vision globale qui permettrait à chacun de prendre conscience des conséquence de ses choix. Pour y arriver il faudrait  que « tout le monde, ouvrier ou médecin, ait une formation en écologie ».

Présentation des différents sols de Russie au Musée du Sol de St Petersbourg.

Présentation des différents sols de Russie au Musée du Sol de St Petersbourg.

Cette scientifique rappelle aussi qu’en Russie le devoir de protection des sols est peut être plus important qu’ailleurs. Non seulement car, en sauvant ses sols, la Russie sauvera son folklore, mais aussi car ce pays est immense : ce qui s’y passe ne peut donc qu’influencer le reste du monde directement, physiquement, mais aussi indirectement. En prenant à cœur la protection de ses sols, la Russie pourrait devenir un exemple pour le reste du monde, espère-t-elle.

Et si les raisons d’espérer sont ténues, elles existent : le musée a de nouveaux sponsors et peut ainsi organiser sa première expédition lointaine depuis… 1951. Et cette grand-mère entend aussi la génération de ses petits-enfants parler de retour à la terre. Elle espère donc que, dans cette grande Russie où l’Eglise orthodoxe a repris une place incontournable, le calendrier des saints puisse redevenir ce qu’il avait toujours été : un calendrier agricole.

Visiter le musée :

http://www.saint-petersburg.com/museums/museum-of-soil-science/

музей-почвоведения.рф

De nombreuses régions du monde sont trop arides pour y cultiver sans irrigation certaines plantes très appréciées, comme le maïs, le coton ou des légumes. Plutôt que de cultiver des plantes adaptées à la sécheresse, l’Homme a développé des systèmes d’irrigation performants… parfois trop performants. Les ingénieurs ont détourné des rivières, asséchés des lacs, mis en place des systèmes de pompage couplés à des kilomètres d’aqueducs pour arroser des champs assoiffés. A court terme, les avantages sont évidents : l’on peut faire pousser ce que l’on veut sans peur de voir sécher sa production. En effet, l’eau douce contient des sels minéraux dissouts. Dans des régions chaudes et sèches, l’eau apportée en excès, en s’évaporant, laisse derrière elle sous forme de sels, les minéraux qu’elle contenait. Ces sols, devenus petit à petit trop salés suite à un arrosage inadéquat, deviennent peu à peu incultivables. A terme, la salinisation pourrait menacer 10 pour cent de la récolte céréalière mondiale, selon les chiffre de la FAO en 2002. http://fr.wikipedia.org/wiki/Salinisation http://www.fao.org/worldfoodsummit/french/newsroom/focus/focus1.htm

La salinisation des sols
De nombreuses régions du monde sont trop arides pour y cultiver sans irrigation certaines plantes très appréciées, comme le maïs, le coton ou des légumes. Plutôt que de cultiver des plantes adaptées à la sécheresse, l’Homme a développé des systèmes d’irrigation performants… parfois trop performants. Les ingénieurs ont détourné des rivières, asséchés des lacs, mis en place des systèmes de pompage couplés à des kilomètres d’aqueducs pour arroser des champs assoiffés. A court terme, les avantages sont évidents : l’on peut faire pousser ce que l’on veut sans peur de voir sécher sa production. En effet, l’eau douce contient des sels minéraux dissouts. Dans des régions chaudes et sèches, l’eau apportée en excès, en s’évaporant, laisse derrière elle sous forme de sels, les minéraux qu’elle contenait. Ces sols, devenus petit à petit trop salés suite à un arrosage inadéquat, deviennent peu à peu incultivables. A terme, la salinisation pourrait menacer 10 pour cent de la récolte céréalière mondiale, selon les chiffre de la FAO en 2002.
Pour plus d’informations : ici et .

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Ruta Grauduža et Steffen Müller – Du soviétisme au capitalisme : des sols entre deux mondes

Bienvenue à la ferme Šiļi

Les yeux verts, cheveux bruns, bottes en caoutchouc aux pieds, Ruta traverse d’un pas vif la cour de la ferme, deux seaux de lait aux mains. Evitant les flaques de boues à grandes enjambées, des brins de pailles emmêlés dans ses cheveux bouclés, armé lui aussi de seaux de lait, Steffen lui emboîte le pas. Devant la grange, agglutinées à la barrière, une vingtaine de petites têtes blanches les suivent du regard en bêlant d’impatience. C’est l’heure d’aller nourrir les chevreaux. Les oies, agressives, poursuivent les deux fermiers en battant des ailes. Le soleil se lève et baigne le verger de ses rayons. De son côté, la grand-mère, chignon tiré et bras musclés, a déjà commencé la traite des chèvres. La journée commence et se poursuivra à un rythme effréné, entre les deux traites des cinquante chèvres, la préparation du fromage et les travaux de construction et de rénovation des bâtiments de la ferme.

L'amour est dans le pré

Enfin prêts à partir pour le marché bio de Riga, Ruta et Steffen trouvent le temps de poser pour une photo.

Pas de répit pour ce jeune couple, mettre en place un élevage de chèvre et une fromagerie n’est pas de tout repos en Lettonie. Les chèvres sont certes un atout : peu de gens en élèvent et le fromage de chèvre n’est pas encore répandu dans les pays Baltes. Les deux jeunes fermiers sont donc parmi les premiers à en produire et qui plus est en bio. Ils ont tout un marché qui s’offre à eux et une clientèle à séduire à Riga. Mais les chèvres n’ont pas bonne réputation dans les campagnes lettonnes. Et pour cause : pendant l’ère soviétique, lorsque les terres étaient utilisées en kolkhozes, les fermiers n’avaient pas le droit de posséder des vaches ou du bétail. Seule la vache de Staline, la chèvre, était autorisée à la propriétés individuelle. Il reste de cette époque difficile, un manque d’estime pour cet animal et ses produits, que Ruta et Steffen devront surmonter pour faire accepter leur activité dans leur région.

Ruta, enfant du kolkhoze

Ruta est née à la campagne, à Rucava, durant l’occupation de la Lettonie par l’URSS et en a vécu la chute. Durant l’époque soviétique son père travaillait dans une scierie et sa mère était lavandière. Tous deux, à l’instar de nombreuses familles de la région, ont récupéré leurs terres à la fin de l’occupation et sont revenus à l’agriculture. L’histoire de cette famille, tout comme l’histoire agricole de ce petit pays, a été très marquée par cet épisode soviétique, et pas uniquement en ce qui concerne les préjugés sur les chèvres, souligne Ruta. A l’époque soviétique, toutes les terres étaient cultivées en commun, sous forme de kolkhozes, les décisions sur les espèces à cultiver venaient de Moscou et surtout, l’ensemble de la production était envoyée à la capitale pour y être redistribué. Les populations rurales ont beaucoup souffert de cette politique centralisée, tuant dans l’œuf tout esprit d’initiative (la menace du goulag planait). Et si Le rationnement était drastique, les paysans avaient néanmoins le droit de cultiver un lopin de terre sur lequel ils pouvaient cultiver à leur guise de quoi nourrir leur famille…à condition de faire attention à ne pas avoir l’air trop riche.

Avec la chute de l’Union soviétique, le pays et les paysans reprennent donc avec joie leur indépendance et se réapproprient leurs terres. Mais la situation est loin d’être facile : les campagnes sont pauvres et le pays doit se reconstruire.

Ferme traditionnelle lettone

C’est au milieu des pommiers en fleurs que nous avons eu la chance de découvrir cette ferme traditionnelle lettone

Steffen, idéaliste Est-Allemand

Steffen, enfant de la RDA, a vécu le socialisme Est-Allemand et la chute du Mur. Il garde en tête l’idéal soviétique de justice sociale et nourrit un intérêt pour les pays de l’ex-URSS. Pourtant, même pour lui, la chute de l’URSS a eu des impacts positifs. D’une part, lors de la redistribution des terres par l’état, les populations rurales ont rapidement eu accès à de nouvelles terres arables. Les nombreux équipements agricoles ont été redistribués entre les agriculteurs et ainsi chaque ferme, même pauvre, a eu accès à un tracteur. D’autre part, la chute de l’URSS a permis de réduire la pression sur les sols en Lettonie. Les surfaces cultivées sont plus petites qu’à l’époque des kolkhozes et, les agriculteurs n’ayant pas beaucoup de moyen d’investissement, l’usage des pesticides et engrais est resté limité. De nombreuses fermes ont été abandonnées et la Lettonie a ainsi regagné de nombreux espaces sauvages.

Un avenir d’amour et de fromage frais

Pour Steffen, la campagne lettone semble, pour le moment, un havre de nature et de liberté. C’est au cours d’un voyage à travers Europe de l’Est, que ce géologue Est-Allemand est arrivé à Rucava par le biais du Couchsurfing. Sa rencontre avec Ruta et son projet de vie l’ont convaincu à devenir fermier. Pas de coup de foudre, mais un amour construit sur une vision commune de l’avenir. Leur moteur, c’est l’idée de pouvoir produire, en grande partie grâce au sol, tout ce qui leur est nécessaire, des légumes aux bâtiments, du fourrage au savon. C’est aussi une liberté d’entreprendre beaucoup plus facile qu’en Allemagne, où tout est réglementé, qui a motivé Steffen à investir ses économies dans le projet de sa compagne. Au moment de leur rencontre, Ruta revient d’un séjour en Allemagne dans une ferme de réseau WWOOF, où elle a appris à produire du fromage de chèvre avec l’idée de créer sa propre fromagerie. Et si le sourire et les idéaux de la belle fromagère ont conquis le cœur de notre géologue, c’est la force de ce projet qui a décidé Steffen à investir dans une petite ferme lettone. Depuis une année qu’il vit à la ferme, il a déjà bâti de ses mains la nouvelle fromagerie, construite sur le modèle des fermes traditionnelles avec un toit de chaume, pour sa chère Ruta qui y façonne ses délicieuses féta de chèvre.

La nouvelle fromagerie

Pas de tôle, ni de tuile, mais un toit de chaume pour cette nouvelle fromagerie.

De l’URSS vers l’UE

Très indépendants, Ruta et Steffen voient d’un regard mitigé l’entrée de la Lettonie dans l’Union Européenne. D’un côté, les agriculteurs vont avoir la possibilité de toucher des nouveaux subsides qui leur permettront d’investir sur leur ferme. D’un autre côté, ces investissements ne risquent-ils pas de se faire au détriment de l’environnement, favorisant des grands propriétaires terriens et une agriculture plus intensive moins soucieuse de la protection des sols ? Ou ne risque-t-on pas un retour à une centralisation aboutissant à des choix agricoles basés sur une rationalisation du territoire au détriment, peut-être, d’une diversité agricole ou de variétés traditionnelles, à l’instar du système soviétique ? Dans leur esprit plane aussi le spectre de sols tellement appauvris par l’industrie agricole, qu’il serait impossible d’y cultiver quoique ce soit sans un apport extérieur en engrais et pesticides.

Conscients des changements à venir, Ruta et Steffen sont prêts à relever les défis qui s’offrent à eux. Leur but est de pouvoir vivre des produits de leur ferme sans dépendre de subventions. Leur engagement sur la ferme tient beaucoup de l’engagement citoyen. En réalisant leur passion d’agriculteur, ils espèrent changer quelque peu les mentalités, en réhabilitant la chèvre et en promouvant l’agriculture biologique en Lettonie.

Des changements pas que politiques

Les systèmes socio-économiques se succèdent et ont un fort impact sur l’utilisation du sol. Que ce soit en modifiant les régimes de propriété foncière ou en influençant le type d’agriculture qui y est mené, la qualité des sols et les végétaux qui y poussent s’en trouvent modifiés. Ruta, qui a repris officiellement la ferme familiale il y a deux ans, mais qui en gérait les papiers depuis le passage à l’agriculture biologique il en a dix, a pu observer de nombreux changements sur ses terres et dans la région. Elle observe une plus grande diversité dans ses prairies, plus riche en fleurs sauvages, en orchidées. Ce qu’un pédologue verrait comme un retour à une prairie « maigre », elle l’analyse au contraire comme un enrichissement du sol, plus riche en biodiversité. A une échelle plus régionale, avec le retour à la nature de nombreuses terres, elle observe la présence de plus d’animaux sauvages, telles que grues, cigognes, hérons ou loups. Pour elle et Steffen, ce sont les signes d’un environnement sain, dans lequel il veulent bâtir leur avenir.

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Si vous souhaitez découvrir la ferme de Ruta et Steffen, que ce soit juste pour les rencontrer ou y passer des vacances vertes, vous pouvez les contacter via le site de Couchsurfing ou envoyer un message en anglais, allemand, letton ou norvégien à l’adresse mail ci-dessous :

https://www.couchsurfing.org/people/rutatia/
http://www.celotajs.lv/en/e/bs_sili
rutatia@inbox.lv

Isabelle de Red – le sol de la liberté

Le printemps s’installe en Mazurie. La rosée scintille dans la lumière du matin, les prairies fleurissent. Le concert des oiseaux nous réveille chaque matin dans le champ où nous avons installé notre tente près du Rancho Romantica. Perché sur un poteau électrique, un couple de cigognes trône au centre de la ferme : il surveille la basse-cour et les chevaux qui se promènent en liberté sur les terres d’Isabelle de Red.

la ferme d'Isabelle en masurie

C’est en Mazurie, région de nord de la Pologne que se trouve le Rancho Romantica

D’origine citadine, Isabelle réalise une première formation commerciale et travaille quelques années comme clerc de notaire. Mais le travail de bureau étouffe son énergie et la vie citadine lui fait regretter le temps des vacances de son enfance dans la ferme de son grand-père. Alors, il y a dix ans, elle décide de changer de vie. Elle quitte son travail, vend son appartement et part en Mazurie : une région reculée du Nord Est de Pologne. Elle s’installe dans cette petite ferme qu’elle tente de retaper de ses mains et apprend en autodidacte les métiers d’éleveuse et de fermière.

La liberté, l’espace, le vent, le gel ; elle aime vivre à l’extérieur, face aux éléments, en accord avec sa nature. Le contact physique avec le sol, marcher pieds nus dans l’herbe, avoir les mains dans la terre, voilà ce qu’elle apprécie vraiment et ce qui l’a poussé à choisir cette vie rurale. « Je suis perpétuellement en contact avec le sol ! » dit-elle en nous montrant la terre restée sous ses ongles.

A son arrivée à la ferme, nous confie-t-elle, son premier geste a été de se rouler dans l’herbe, sur le sol, toute à sa joie de posséder pour la première fois son propre lopin de terre. Pour cette amoureuse de la nature, c’est donc en devenant propriétaire de ses terres, en s’enracinant en un lieu que son besoin de liberté et d’espace a trouvé réponse. Mais c’est bien le contact physique avec le sol, les mains et les pieds dans la terre, qui la font se sentir libre.

Mais pour elle le sol n’est pas que source de liberté, c’est aussi un sol utile qui permet de faire pousser légumes et fourrage, qui fournit l’argile et le sable pour enduire les murs de sa ferme. C’est également un sol connu,  celui sur lequel l’agriculteur a prise et qu’il peut modifier par son travail.

Pour la propriétaire du Rancho Romantica, le sol est un élément que l’Homme connaît bien et sait utiliser. En effet, on sait quelles plantes sont adaptées à quels sols, on sait où trouver différents champignons et les paysans égyptiens ont su utiliser les limons fertiles des crues du Nil pour développer une agriculture florissante. Mais la tentation de la surexploitation est grande, ce qu’elle constate avec inquiétude en observant ses voisins travailler. Elle souligne aussi que la civilisation maya aurait disparu pour ne pas avoir fait attention à sa terre.

paysage de masurie

un petit aperçu des terres d’Isabelle

Soucieuse de préserver la nature, base de nos ressources et de sa liberté, elle exploite son domaine sans pesticide, ni engrais synthétique, ce qui lui a permis de faire disparaître les orties géantes que lui avait léguées l’exploitant précédant. Sur ses 11 hectares de terrain vallonné où coule une petite rivière, elle a à sa disposition une large palette de sols : argileux, sableux, plus ou moins acides. Ceci lui permet de cultiver ses légumes sur des parcelles adaptées à leurs besoins. Malgré cette diversité, la taille réduite de son exploitation l’oblige aussi à adapter certains sols à l’usage qu’elle veut en faire. Ainsi, pour transformer un champ argileux et humide en verger, elle a choisi de creuser pour chaque arbre, une large fosse emplie d’un mélange de terre, de sable et de tourbe.

petit ruissau polonais

le sol qui tapisse le fond de ce petit ruisseau et idéal pour se reposer les pieds après une journée de travail.

Et si le travail du sol n’est pas de tout repos, Isabelle ne semble pas regretter son choix car cette nouvelle vie lui permet de toucher à de nombreux domaines où le sol est toujours présent : de l’élevage à la maçonnerie, du maraîchage à la bureaucratie européenne. Et lorsqu’il s’agit de se détendre, elle enlève ses bottes en caoutchouc et part marcher pieds nus dans ses champs ou dans la petite rivière qui parcourt son domaine.

Les sols nourrissent nos sociétés, il est donc essentiel de les protéger. Pour Isabelle, cette protection ne peut passer que par un changement dans les modes d’agriculture. Elle voit comme un passage obligé la transition vers une agriculture biologique sans pesticide, ni fertilisants de synthèse, avec une bonne gestion de l’eau et un travail du sol respectueux. Pour elle, l’agriculture intensive ne peut mener sur le long terme qu’à des sols stériles et morts.

Et tuer les sols, ne serait-ce pas se priver de sa liberté ?

Lukas Wick, un sol entre art et science

C’est dans un recoin un peu éloigné des laboratoires du bâtiment 4.1 du Helmholtz Zentrum vor Umweltforschung UFZ* de Leipzig (D) que nous avons rendez-vous avec le responsable du groupe Biodisponibilité. Nous rencontrons Lukas Wick dans les escaliers, où un étudiant l’a alpagué pour discuter avec lui de son projet de recherche. Une fois son devoir accompli, Lukas nous guide jusqu’à son bureau, où il répondra à nos questions.

Nous rencontrons un citadin assoiffé de connaissances. A la fin du gymnase, animé par la volonté de comprendre le fonctionnement du monde, il se lance dans des études de chimie ; mais au sortir de ses études, il réalise qu’il ne trouvera pas la réponse à ses questions dans cette science. Il se tourne alors vers les sciences environnementales et applique ses connaissances à l’étude du sort de certains composés chimiques dans un lac. Il découvre alors l’importance d’un facteur auquel ses études de chimie ne l’avaient pas préparé : les microbes. Bien qu’encore loin des sols, cette première expérience l’entraîne vers un deuxième post-doc, toujours en science environnementale, mais cette fois en microbiologie du sol.

Lukas Wick

Toujours souriant, cela a été un plaisir d’interviewer Lukas Wick.

C’est en tant que chimiste, en passe de devenir microbiologiste, qu’il intègre une équipe d’agronomes et de pédologues. Ceux-ci, dont la formation et l’expérience ont été centrées sur le sol, ont une vision bien différente de cet objet d’étude. Ils regardent le sol dans son entier et le considèrent souvent comme une boîte noire : l’important est ce qui y rentre et ce qui en sort.

présentation en qques mots de la biodisponibilité

La biodisponibilité
Une substance chimique est dite biodisponible lorsqu’elle est librement accessible à une cellule, ou à un organisme.
Dans le sol, de nombreux éléments nutritifs sont présents en quantité, mais sont inaccessibles aux organismes qui les emploient. Par exemple le phosphore (indispensable pour le production d’ADN) est surtout présent sous forme de roche insoluble. Certains polluants sont aussi inaccessibles grâce à leur capacité à se lier à différents éléments du sol (polysaccharides, argiles, minéraux, lignine, etc.). La quantité biodisponible d’une substance, utile ou à éliminer, est donc la portion à laquelle les organismes vivants un ont accès direct, par opposition à la quantité totale

Lukas, de son côté, à cette période de sa carrière, n’est que peu intéressé par le sol en tant que tel. Si la notion de complexité lui est déjà familière, de son point de vu de chimiste, « le sol c’était surtout de l’eau avec une forte concentration de particules », nous dit-il sous forme de boutade. Ce qui le passionne alors, ce sont les réactions de biotransformation qui se déroulent au sein du sol. Sous cet angle là, le sol est donc vu avant tout comme un facteur influençant, d’une part, la disponibilité des différents réactifs chimiques et, d’autre part, les microorganismes les employant.

Si aujourd’hui il reste fidèle à la façon de travailler des chimistes, allant du plus simple au plus complexe, le contact avec des pédologues expérimentés combiné à une visite au Palais de Rumine à Lausanne (CH)** auront eu une influence déterminante sur sa vision du sol. Lors de cette visite au musée, il découvre une exposition temporaire qui présente le travail d’Herman de Vries, un artiste hollandais qui travaille avec de la terre comme matériau***. Cet artiste profite de la diversité des sols en terme de couleur pour créer ses œuvres. La découverte de ces installations lui font réaliser que le sol est bien plus que la somme de ses ingrédients. Cette prise de conscience est renforcée par les contacts quotidiens avec ses collègues, explorateurs confirmés du sol.

A partir de ce moment, le sol va s’imposer à lui comme un objet riche et complexe, qui lie en un seul objet d’étude l’agronomie, la physique, la biologie, l’écologie et la philosophie. Cet objet qui soutient nos pas tout en étant plus complexe que la jungle, se transforme ainsi en une mère pour la vie sous toutes ses formes. Et à l’instar de toutes les mères, sa beauté mérite d’être le centre d’attention non seulement des chercheurs mais aussi des artistes.

Cette prise de conscience le pousse à continuer sa carrière dans le monde des sciences du sol, où il travaille sur les notions de transformation et de biodisponibilité des produits chimiques, et tout particulièrement celles des polluants. Il s’agit de comprendre comment les microbes (bactéries et champignons) interagissent avec les polluants que l’activité humaine a légués au sol. Ses recherches ont pour objectif de rendre le travail des microbes le plus facile possible, en leur favorisant l’accès à tous les éléments dont ils ont besoin (eau, oxygène, « vitamines », substances à détruire…) pour nettoyer les sols.

En partant d’une hypothèse, il essaye de remonter le fil ténu qui devrait le conduire vers la complexité réelle du sol. Son travail consiste ainsi non seulement a être au courant des dernières découvertes scientifiques concernant le sol, mais aussi et surtout à imaginer tout ce qui peut ce passer dans un sol. Et si, au jour le jour, il n’a l’occasion de manipuler réellement le sol que lors de ses loisirs, il passe un majeur partie de son temps à tourner et retourner dans son esprit un sol conceptuel qu’il tente de faire résonner avec le sol du paysan, de l’artiste, du philosophe et du chimiste.

échantillons de sol congelé

Entre l’hypothèse et la complexité réelle du sol : quelques grammes de sol congelé dans un tube.

Il lie cette volonté de mieux comprendre le sol à la nécessité de protéger les sols, car la sauvegarde des sols comme la récupération des sols endommagés ne pourra se faire sans une excellente compréhension du fonctionnement et de la complexité de ceux-ci. Et si la vision du sol en tant qu’écosystème à part entière a du mal à percer auprès du grand public, il a pu noter une nette évolution de la perception du sol par les scientifiques qui donnent une place toujours plus importante à la partie vivante du sol. Cette volonté d’appréhender le sol dans toute sa complexité, et non comme une matrice physico-chimique pour l’agriculture, sera-elle le premier pas vers une meilleure protection des sols ? C’est à espérer car comme le rappelle Lukas : « Si les sols seront très probablement capables de survivre à l’humanité, l’inverse est, sans aucun doute, impossible ».

                                                        

*Helmholtz Centre de recherche environnementale – UFZ

**Bâtiment historique lausannois abritant entre autres la bibliothèque cantonale, l’espace Arlaud, et le musée de géologie

***Pour découvrir le travail d’Herman de Vries sur la terre : http://www.hermandevries.org/work_from-earth.php

Tata Janine – Le sol au fil des saisons

À Metz, sur une colline surplombant la ville, se trouve une petite maison. En passant le portail, on entre dans un grand jardin, où s’épanouissent cerisiers, pruniers, pommiers et mirabelliers, où le gazon est parsemé de primevères et de violettes, où les chats se prélassent dans les massifs qui apportent à chaque saison leur lot de fleurs et de couleurs.

C’est dans ce havre de paix que vit notre grand tante, Janine Schwarz. C’est dans cette maison qu’elle a grandi et c’est ce jardin que ses parents cultivaient avant elle et qui a nourrit sa famille. Proche de la terre, elle a toujours aimé jardiner, passion que sa mère a su lui transmettre. En effet, durant son enfance dans les années 40, ses parents cultivaient entièrement ce jardin de douze ares.

Le printemps dans le jardin de Janine Schwarz à Queuleu, Metz, France

Au printemps, les fruitiers s’en donnent à cœur joie et donnent un air de paradis au jardin de Janine Schwarz.

Petite, elle s’occupait de son propre coin de jardin, près du portail où elle cultivait notamment le plus beau persil du quartier. « Les voisines venaient toujours m’en prendre des bouquets, mais jamais elles ne m’auraient donné une pièce pour ça » raconte-t-elle en riant.

Un lien fort à la terre

La terre, elle ne s’en est jamais beaucoup éloignée, bien qu’elle n’ait pu réaliser son rêve d’enfant d’être horticultrice ou agricultrice, faute d’argent pour une formation supérieure. A quinze ans, son diplôme de secrétariat en poche, elle choisi d’aller travailler chez un producteur/distributeur grainier, malgré un faible salaire. Elle y réalise toute sa carrière. Au début sténo/dactylo, elle apprend rapidement les base du métier et prodiguera ensuite des conseils de culture pour les différentes variétés de fourrages, légumes et fleurs aux agriculteurs et jardiniers de France entière.

Janine Schwarz

Pour Janine Schwarz, le retour du printemps ce n’est pas seulement le retour des beaux jours, mais c’est aussi le sol qui se réveille.

Mais c’est au jardin qu’elle a toujours aimé passer son temps. Depuis sa retraite elle a plus de temps pour cultiver son potager de quatre ares et fleurir le reste du jardin, en créant des massifs colorés et « sauvages » ; un jardin « naturellement naturel », comme elle aime le répéter.

Son attachement à la terre, au sol, est donc lié au plaisir de jardiner, de créer, de produire soi-même ses légumes. Travailler le sol c’est faire appel à ses sens : de la redécouverte du goût des concombres à l’évolution de l’odeur de la terre au fil des saisons.

Mais pour elle c’est aussi un contact direct avec le cycle de la vie. Ce jardin, c’est sa vie, c’est ses racines aussi : sa famille le cultivait depuis 1892. Pour cette jardinière passionnée, le sol représente la Vie, mais également la Mort, liés en un cycle. « On se nourrit grâce au sol, on y vit, on y construit sa maison, mais quand on meurt, on retourne dessous, on retourne à la terre. » Ce lien entre la Vie et la Mort se rappelle au jardinier d’année en année : « au jardin, chaque année, c’est tout une vie que l’on voit se dérouler. Du printemps de la naissance  à la mort hivernale où la nature se repose ».

Les Trente Glorieuses : de profonds changements dans le monde agricole et jardinier

C’est surtout à travers son travail, qu’elle a pu vivre les changements dans les pratiques culturales depuis l’avant-guerre à nos jours en passant par les Trente Glorieuses, qui ont modelé la société que nous connaissons.

Durant cette période d’après-guerre, elle a vu l’arrivée nouvelles variétés , de légumes (poivrons, aubergines,…) ou de fourrage (festuca) notamment. Mais surtout, révolution au jardin, l’arrivée de gazon dans les jardins privés. Impensable à l’époque de ses parents, où chaque mètre carré de jardin était cultivé, le gazon marque le passage d’un jardin utilitaire à un jardin d’agrément. Ceci semble bien symboliser l’esprit de cette époque des Trente Glorieuses : l’avènement d’une société de loisir et de consommation.

Primevères sur gazon

Pour Janine, « il n’y a rien de plus con qu’un gazon : c’est mort, c’est stérile, ça n’a pas de saison ». C’est pour ça qu’elle laisse le sien fleurir de primevères et de violettes, que la mousse y reprend ses droits.

Autre changement radical, elle voit l’arrivée des pesticides, herbicides et engrais chimiques de toute sorte. Pour elle c’est le résultat d’une course à la productivité et également l’ardent désir de travailler moins, qui enrichissent les industriels en empoisonnant les sols et les rivières. Que ce soit au niveau des exploitations agricoles ou à celui des jardiniers privés, tout était fait pour encourager l’achat d’une large gamme de produits. « A l’époque, on n’avait pas conscience des dégâts causés par ces pratiques sur la Nature et les sols. C’est sans doute même les utilisateurs privés qui ont dû causer le plus de dégâts en utilisant ces produits à des doses beaucoup trop élevées sur de petites surfaces, faute d’informations appropriées. » déclare-t-elle, jetant un regard critique sur cette surconsommation. « On se rend compte maintenant des dégâts que l’on a causé au sol. » Pourtant, face à cette situation, Janine reste optimiste. « C’est sûr que l’on a été trop loin ; mais maintenant de plus en plus de gens ont conscience de cela. Les gens retournent au jardin avec l’envie de mettre la main à la pâte. On voit de plus en plus de petits jardins ouvriers en dehors des villes ou de jardins communautaires. Les gens commencent à se rendre compte qu’il est possible de nourrir une famille avec un petit jardin et de plus en plus de gens préfèrent se retrouver, passer le week-end au jardin avec des amis plutôt que d’aller à Walt Disney. »

Comme Jean-Michel Gobat, Janine Schwarz souligne l’importance du jardinage et donc du sol pour permettre de se rencontrer et d’échanger. D’ailleurs, en dehors du temps qu’elle passe dans son jardin, elle va visiter le jardin des autres et s’engage activement dans la Société d’Horticulture de Metz. Le jardinage est bien une passion qui lie les gens et la terre sur les mains un bonheur qui se partage !

Jean-Michel Gobat, de la végétation au sol

Ce premier portrait est pour nous un peu particulier. En effet le Professeur Jean-Michel Gobat est celui qui, durant nos études, nous a fait découvrir le sol. Nous avons donc la possibilité de commencer notre série de portraits en vous faisant découvrir le sol comme nous l’avons fait : à travers le regard de Jean-Michel.

Professeur Gobat, Jean-Michel, Jean-Mi, Gobat… être à la fois directeur, enseignant, chercheur, père, ex-bassiste d’un groupe de rock vous offre autant de diminutifs que de casquettes. Mais peu importe le couvre-chef, il les porte tous avec sourire et entrain, guidé par sa volonté d’enseigner et d’apprendre. Ainsi lorsque nous l’avons contacté pour lui parler de notre projet, il nous a accueillis avec plaisir et c’est de bon cœur qu’il a répondu à nos questions.

L’enseignement : une valeur qui guide ses pas

Si nous avons entamé ce projet, c’est en grande partie grâce à son enthousiasme et surtout à la qualité de son enseignement. Ce n’est donc pas étonnant que la soif de transmettre un savoir, qu’il place au cœur de son métier, ait baigné toute sa vie : de son enfance dans le Jura bernois, entouré d’une famille d’enseignants, à ses études, guidées par l’enthousiasme de ses professeurs.

Jean-Michel Gobat durant une excursion (photo Unine)

Pourquoi la pédologie ?

Si son père lui a fait découvrir la botanique durant son enfance, c’est d’abord vers une carrière dans les sciences dures, en mathématiques, qu’il se dirige durant ses études secondaires. Toutefois, durant les dernières semaines avant son bac, la nature le rappelle lors d’un stage de biologie. Ce stage, axé sur les aspects pratiques de l’écologie, comme la bio-indication, le pousse à entamer des études de biologie à Neuchâtel.

La phytosociologie, sociologie des plantes.
Vous avez surement déjà remarqué en vous promenant que d’une forêt à l’autre, ou d’un pré à l’autre, la végétation change. Mais aviez-vous réalisé que certaines plantes s’associent ? Ce sont ces groupements végétaux que le phytosociologue étudie. Il cherche à comprendre quels facteurs (climat, acidité du sol, calcaire, pollution...) vont réunir un groupe de plantes dans un écosystème et ainsi déterminer quelles sont les espèces « typiques » d’un milieu. Leur travail est particulièrement important, car il permet d’identifier des bioindicateurs fiables qui vont permettre de suivre l’évolution d’un écosystème. Les phytosociologues sont ainsi en première ligne pour détecter les effets du réchauffement climatique sur l'environnement.

Lorsqu’il commence ses études universitaires, la pédologie est très peu enseignée dans les universités de Suisse ; il n’existe alors que quelques cours réservés aux futurs ingénieurs agronomes. Il découvre néanmoins le sol grâce à trois professeurs de Neuchâtel, qui, s’ils n’étaient pas spécialistes du sol, y accordaient une importance particulière. Willy Mattey y voyait un habitat pour les insectes, Daniel Aubert le lieu de rencontre de la biologie et de la géologie et Jean-Louis Richard un facteur explicatif de la présence des différents types de végétation.

Ces professeurs lui permettent de comprendre l’importance du sol, mais il n’en fait alors pas une vocation, et finit son diplôme en se spécialisant en phytosociologie. Sa licence en poche, sa volonté d’enseigner le pousse à rester dans un milieu universitaire qui permettait alors d’avancer librement sans avoir forcément un plan de carrière bien établi.

Ainsi, alors qu’il réfléchit à un possible sujet de thèse, un collègue, Jean-Daniel Gallandat, lui propose de s’associer à son projet de recherche sur la végétation des tourbières et de « regarder ce qu’il y a en dessous ».

Le sol fait son entrée en fanfare dans sa carrière et, de fil en aiguille, il deviendra professeur d’écologie et de pédologie et directeur du Laboratoire Sol et Végétation, co-instigateur d’une filière interdisciplinaire en biogéosciences.

Le sol – la vie dans tous ses états !

Le sol, pour Jean-Michel Gobat, c’est avant tout un lieu de rencontre. Lieu de rencontres et d’échanges fondamental dans la nature, lieu de rencontres économiques, en tant que source de notre alimentation, et encore lieu de rencontres sociales. Le sol, c’est bien plus qu’un mélange de matière organique, d’argile et d’humus. C’est grâce au sol que ce professeur récolte les petits fruits de son jardin et qu’il peut rencontrer son voisin de jardin originaire du Portugal et discuter de leurs récoltes. Ce contact social, il le retrouve également avec ses étudiants de master, qu’il accompagne sur le terrain, pelle en main pour étudier les profils de sol. « On est dans le trou, on creuse, on discute. » Enseignant passionné et passionnant, Jean-Michel n’aurait pu trouver un meilleur vecteur, un meilleur angle d’approche que le sol pour enseigner l’écologie et faire passer le message clef de la complexité.

Hors de son travail, le sol, c’est surtout la base des paysages qu’il aime arpenter. Et, comme il n’y a pas de bon ou de mauvais paysages hors des regards du promeneur, il ne saurait définir un « bon » sol dont les qualités attendues ne seront pas les mêmes si l’on apprécie l’odeur d’humus en se promenant en forêt, si l’on veut cultiver du maïs ou encore si l’on étudie la faune du sol.  » Le sol, c’est avant tout le support du cadre de vie. Mais il est possible qu’on n’en ait conscience que lorsqu’on a pu observer le sol sous un angle scientifique. C’est justement grâce à cette approche scientifique que l’on se donne les moyens d’exprimer la complexité des rôles du sol ».

Les podzols sont des sols bien particuliers. Celui-ci, concentré sur quelques centimètres, a fait l'admiration d'un collègue russe de Jean-Michel. Ce pédologue russe y a vu un sol à l'image de la Suisse, pays qui, bien que petit, révèle de nombreuses surprises

Les sols en péril ?

Face aux changements climatiques et à la multiplication des menaces sur les sols, le chercheur n’a pas directement observé de changements au niveau des sols durant sa carrière : « Pour les sols, 30 ans, c’est trop court. » Il a par contre nettement pu observer des modifications de la végétation qui, elle, réagit plus rapidement aux changements. Lorsqu’on lui demande s’il est inquiet pour l’avenir des sols, il hésite entre pessimisme et optimisme. La pression sur les sols augmente d’année en année et les conférences comme celle de Copenhague sont des échecs. Mais, d’un autre côté, il y a vingt ans il était inimaginable de réunir des chefs d’Etats pour parler d’environnement. « Les politiciens ont toujours 20 ans de retard, il faut faire avec. »

Des commerçants neuchâtelois s’engagent pour le sol !

Après vous avoir présenté Charles du magasin Le Nomade à Vevey, nous avons continué à démarcher les commerçants de coin. Nous avons ainsi trouvé de nouveaux sponsors pour notre projet, mais nous avons aussi eu l’occasion de rencontrer toute une joyeuse équipe de commerçants engagés, sensibles à notre projet et surtout sympathiques. A chaque fois nous avons un vrai plaisir à discuter avec chacun d’eux et, avant de les remercier pour leur soutien « matériel », nous souhaitons les remercier pour leur accueil, leurs conseils et les discussions enrichissantes que nous avons eu avec chacun.

Par ordre alphabétiques nos nouveaux sponsors sont :

MBH informatique à Peseux. Lorsque nous sommes rentrés dans cette boutique avec notre ordinateur moribond, nous étions tout inquiet. Moins d’une semaine avant notre départ, nous venions de perdre notre outil de rédaction et de nombreux fichiers importants. Le « boss » Haci Mercan s’est tout de suite montré ouvert à l’idée de soutenir notre projet (il faut dire qu’il soutient des projets à tour de bras, entre autre en redistribuant du matériel d’occasion). Avec Mikael Thurler, son collègue, ils ont remué ciel et terre, avec succès, pour sauver nos données malgré un pronostique plutôt pessimiste. Un seul regret, ne pas avoir eu le temps d’honorer l’invitation de Haci à boire un café avec lui dans son magasin. Alors si vous avez besoin de matériel informatique (ordinateurs, périphériques, recharges d’imprimante…) ou de téléphonie, passez boire un café avec lui à notre santé !

L'équipe de MBH Informatique et Téléphonie, sponsors de Regards sur le sol

Pharmacie de la Côte à Corcelles. C’est pleins d’espoirs que nous sommes allé toquer à la porte de Christian Borel. En effet, cette pharmacie que nous connaissions bien offre une large place aux produits naturels et bio. Lorsque nous avons rencontré le Dr Borel, nous avons rencontré un entrepreneur investit dans de nombreux projets avec une forte dimension humaniste. Nous avons ainsi passé un agréable moment à l’écouter présenter ses concepts de crowd funding (financement par la foule) et de moteurs solaires alternatifs. Mais son premier métier, c’est la pharmacie, et il nous a ainsi préparé une petite pharmacie de voyage à base d’huiles essentielles. On espère ne pas en avoir besoin, mais nous l’avons précieusement rangée dans nos sacs à dos. Dans tous les cas, si vous cherchez un pharmacien sympa qui ne parle pas que molécules de synthèse, rendez-lui visite !

Christian Borel, Pharmacien engagé de Corcelles et sponsor du projet

Photo Américain à Neuchâtel. The last but not the least ! Vous y rencontrerez Jean-Luc Robert, un lève-tôt qui tient la baraque depuis 2005. Ancien militaire à la fibre écolo, conscient de l’impact de l’armée sur les sols, il s’est tout de suite enthousiasmé pour notre projet et a tout fait pour nous apporter son soutien malgré une conjoncture difficile pour les petits commerces. A l’écoute de ses clients et de ses employés, il se fera un plaisir de vous conseiller pour l’achat du matériel photo qu’il vous faut ou prendre un portrait de vous, de vos proches ou même de votre animal de compagnie. Mais surtout, vous pourrez découvrir dans son magasin une antique photo de la ferme Robert, au pied du Creux du Van. Si vous êtes de la région, il a encore besoin d’aide pour identifier les personnes qui y figurent ! Alors n’hésitez pas à aller le saluer de notre part !

Jean-Louis Robert, photographe sympathique et accueillant à Neuchâtel.